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MADAGASCAR Article publié le 2010-08-17  -  Ecologie/ Environnement / Nature Imprimer les brèves de la région

Madagascar - Sécheresse, cyclones, crise politique et maintenant les criquets

Des essaims de criquets se sont formés dans le sud de Madagascar ces derniers mois et menacent les moyens de subsistance de centaines de milliers de Malgaches.

 
Il envahit Madagascar : Locusta migratoria capito
Criquets mutants
Les locustes ne se présentent pas toujours sous forme d'essaims - dans le sud-ouest de Madagascar, ils vivent à l'état solitaire
Mais lorsque de grands nombres d'individus se regroupent et que la densité des effectifs atteint un seuil critique, ils subissent des transformations comportementales, écologiques et morphologiques
Les criquets commencent à se concentrer et à se comporter en groupes synchronisés de bandes larvaires (criquets encore dépourvus d'ailes) ou d'essaims d'ailés, se déplaçant en masse pour trouver de nouvelles sources de nourriture leur permettant de survivre et de se reproduire
Les changements morphologiques les rendent capables de parcourir de très grandes distances -jusqu'à 100 km par jour. Et de manger toutes sortes de plantes et de cultures.
Source: www.fao.org

Si une importante campagne n’est pas mise en œuvre rapidement, les pullulations pourraient « [évoluer] en une invasion », a averti l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) des Nations Unies.

« Quand il y a invasion de criquets, les paysans malgaches ne sèment même plus, car ils savent que leurs récoltes vont être détruites », a dit à IRIN Alexandre Huynh, coordinateur à Madagascar des opérations d’urgence et de réhabilitation de la FAO.

C’est une très mauvaise nouvelle dans une région déjà durement touchée : le sud souffre d’insécurité alimentaire chronique, le taux de malnutrition est élevé même dans les conditions habituelles, des cyclones s’y produisent tous les ans, et en raison de la crise politique actuelle, l’aide internationale a été réduite à la seule aide humanitaire d’urgence, quand celle-ci peut être justifiée.

En juin 2010, le Système d’alerte précoce du gouvernement (SAP) a constaté qu’un nombre record de 65 communes, touchant 866 000 Malgaches, étaient tombées dans la catégorie « exposé à l’insécurité alimentaire ».

Selon un communiqué de la FAO du 12 août, Madagascar se trouve actuellement dans sa saison sèche et fraîche, « une période défavorable à la reproduction des criquets. Mais le temps chaud et humide de la saison des pluies, qui dure jusqu’au printemps, favorisera leur reproduction rapide ».

« En conditions adéquates », ce type de criquet (Locusta migratoria capito, le criquet pèlerin malgache) peut « produire une nouvelle génération à peu près tous les deux mois, et jusqu’à quatre générations en un an ».

L’étendue des ravages potentiels est évidente, quand on connaît leur appétit féroce : un criquet adulte peut ingurgiter en un jour l'équivalent de son propre poids en nourriture, soit environ deux grammes. Selon la FAO, une tonne de criquets, qu’on considère comme n’étant qu’une toute petite partie d’un essaim moyen, consomme autant de nourriture par jour qu'environ 2 500 personnes.

Pris au dépourvu

Les locustes qu’on trouve de façon naturelle dans le sud de Madagascar, seraient normalement sous le contrôle du Centre National Antiacridien du gouvernement (le CNA). Manquant de financement et incapable d’assurer convenablement le suivi de l’évolution des criquets, l’agence n’était pas au courant que des essaims massifs étaient en train de se former à la fin avril 2010.

« Durant la saison des pluies 2009-2010, le CNA a été fragilisé par la situation sociopolitique du pays et en conséquence, n’a pas été en mesure de gérer de façon appropriée toutes les informations concernant les criquets », a noté un document de la FAO intitulé Emergency assistance to locust control in Madagascar (Aide d’urgence à la lutte antiacridienne à Madagascar).

C’est seulement quand les essaims ont été observés hors de leurs zones de reproduction traditionnelles quittant le sud-ouest de l’île que les autorités ont pris conscience de l’ampleur du problème. Une évaluation du CNA datant de juin estimait que plus de 460 000 ménages malgaches risquaient d’être affectés.

Si vous pensez que cela coûte cher aujourd’hui…

Selon la FAO, quelque 15 millions de dollars seraient nécessaires de toute urgence pour lancer une vaste campagne terrestre et aérienne sur une surface estimée à un demi-million d’hectares.

M. Huynh a déclaré que la FAO avait déjà obtenu environ 500 000 dollars par l’intermédiaire de son Programme de coopération technique d’urgence. Une contribution de 6,5 millions de dollars par le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies est en phase de finalisation ; quant à la somme restante, « les discussions continuent avec les donateurs ».

Il a insisté qu’il n’y avait pas de temps à perdre : « Il nous faut débuter les opérations vers la mi-septembre. Si l’intervention est retardée, la production alimentaire en sera directement affectée et l’indispensable campagne antiacridienne serait beaucoup plus coûteuse et s’étendrait sur plusieurs années ».

(Irin)

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© 2010- Reproduction soumise à autorisation


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