Madagascar

SADC : match nul entre Ravalomanana et Rajoelina

Par Eric Trannois
Vendredi 27 Janvier 2012à 07:09:24

Le retour avorté de Ravalomanana le week-end dernier n'est pas sans inquiéter la SADC (Communauté de développement de l'Afrique Australe). Elle tente de trouver une issue au conflit entre les deux hommes qui menace le retour à la normale dans la Grande Ile, mais les renvoie dos à dos.

Marius Fransman, vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères
© D.R.


Le retour de l'ancien président de Madagascar, Marc  Ravalomanana, fait partie des éléments de la feuille de route  signée en septembre par la plupart des mouvances politiques, à  l'exception des partisans de Zafy Albert. Aussi, dès que la presse  malgache et internationale a annoncé, samedi dernier, que la  présidence de la HAT (haute autorité de transition) avait fermé  l'espace aérien au vol    Air Link SA 8252 qui ramenait le président déchu au pays, elle  s'est empressée de diffuser un communiqué dans lequel elle  affirmait avoir averti la compagnie que l'avion pouvait « atterrir  à l’aéroport international de Morondava ».  Le président de la HAT a néanmoins réaffirmé la « détermination  [des autorités malgaches] d’exécuter le mandat d’arrêt décerné  contre »  Ravalomanana tout en rappelant « leur  ferme volonté de laisser Monsieur Marc Ravalomanana rentrer sans  conditions à Madagascar ».

La SADC,  qui s'est beaucoup impliquée dans la résolution du problème  malgache, n'a pas tardé à réagir et renvoie les deux hommes dos à  dos, qualifiant le retour de Ravalomanana de « prématuré »  et « irresponsable », alors que « nous  étions en train de mettre en place un processus légal pour une  amnistie » a relayé le vice-ministre sud-africain des  Affaires étrangères, Marius Fransman lors d'une réunion qui se  tenait mardi à Pretoria, en Afrique du Sud. Pour lui, la SADC  souhaite trouver une solution juridique solide permettant au  président malgache déchu Marc Ravalomanana de rentrer dans son pays  sans être immédiatement arrêté.

«L'article  20 dit clairement que tous les politiques en exil, y compris l'ancien  président Ravalomanana doivent rentrer sans condition. Il y a  toutefois une loi et des tribunaux dans le pays et monsieur  Ravalomanana a été jugé. Comment concilier ça, c'est le n½ud du  problème. Cela ne veut pas dire que le jugement est correct mais  cela reste un jugement»  a fait remarquer Marius Fransman.

A son  retour de Pretoria où il s'est également rendu pour cette réunion,  le Premier ministre de consensus du gouvernement d’union nationale,  Omer Briziky, a expliqué que la tolérance et le pardon doivent être  les maîtres-mots pour les parties prenantes si le pays veut  effectivement sortir de la crise.

D'autre  part, à Madagascar, des voix, comme celle de Gabriel  Rabearimanana, expert en  géopolitique, s'élèvent contre le jugement qui a condamné  l'ancien président aux travaux forcés à perpétuité pour la  fusillade de février 2009 qui avait fait plus de 30 morts. Pour eux,  Marc Ravalomanana était président au moment des faits, ce n'est  donc pas la Cour Correctionnelle Ordinaire qui avait compétence pour  le juger, mais la Haute Cour de Justice. « C’est  justement l’une des mauvaises pratiques au sommet de l’Etat, que  le mouvement populaire de 2009 voulait changer »  assène  Gabriel Rabearimanana dans Midi Madagascar tout en rappelant  « le  précédent inique que constituent les condamnations de l’autre  ancien chef d’état, Didier Ratsiraka et de ses collaborateurs. Et  ce, par des tribunaux instrumentalisés par le pouvoir Ravalomanana  et qui n’avaient pas cette compétence ».

Manassé  Esoavelomandroso, président national du Leader Fanilo pointe  particulièrement la présidence de la Transition comme étant la  source principale du problème. Il remarque qu'elle empêche le  retour de Marc Ravalomanana au pays alors qu'elle a laissé des  personnalités condamnées et poursuivies par la justice occuper des  postes importantes dans les institutions de la Transition.

La SADC, a  également rapporté Omer Beriziky, a réitéré son appel à  l’endroit des membres de la mouvance Zafy Albert et de la mouvance  Ravalomanana pour qu’ils adhèrent pleinement au processus de  sortie de crise malgache.

Enfin,  plusieurs titres de la presse malgache évoquaient cette semaine la  farouche opposition de l'armée au retour de Marc Ravalomanana. Ce  seraient les pontes de l'armée qui feraient pression sur Andry  Rajoelina pour qu'il empêche ce retour, inévitable malgré tout, si  l'on s'en tient à la feuille de route.

Le dossier  Madagascar sera en outre présenté devant le prochain Comité de  Paix et de sécurité de l’Union africaine par le vice-ministre sud  africain des Affaires étrangères.


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