Le retour avorté de Ravalomanana le week-end dernier n'est pas sans inquiéter la SADC (Communauté de développement de l'Afrique Australe). Elle tente de trouver une issue au conflit entre les deux hommes qui menace le retour à la normale dans la Grande Ile, mais les renvoie dos à dos.

Marius Fransman, vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères
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Le retour de l'ancien président de Madagascar, Marc Ravalomanana, fait partie des éléments de la feuille de route signée en septembre par la plupart des mouvances politiques, à l'exception des partisans de Zafy Albert. Aussi, dès que la presse malgache et internationale a annoncé, samedi dernier, que la présidence de la HAT (haute autorité de transition) avait fermé l'espace aérien au vol Air Link SA 8252 qui ramenait le président déchu au pays, elle s'est empressée de diffuser un communiqué dans lequel elle affirmait avoir averti la compagnie que l'avion pouvait « atterrir à l’aéroport international de Morondava ». Le président de la HAT a néanmoins réaffirmé la « détermination [des autorités malgaches] d’exécuter le mandat d’arrêt décerné contre » Ravalomanana tout en rappelant « leur ferme volonté de laisser Monsieur Marc Ravalomanana rentrer sans conditions à Madagascar ».
La SADC, qui s'est beaucoup impliquée dans la résolution du problème malgache, n'a pas tardé à réagir et renvoie les deux hommes dos à dos, qualifiant le retour de Ravalomanana de « prématuré » et « irresponsable », alors que « nous étions en train de mettre en place un processus légal pour une amnistie » a relayé le vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères, Marius Fransman lors d'une réunion qui se tenait mardi à Pretoria, en Afrique du Sud. Pour lui, la SADC souhaite trouver une solution juridique solide permettant au président malgache déchu Marc Ravalomanana de rentrer dans son pays sans être immédiatement arrêté.
«L'article 20 dit clairement que tous les politiques en exil, y compris l'ancien président Ravalomanana doivent rentrer sans condition. Il y a toutefois une loi et des tribunaux dans le pays et monsieur Ravalomanana a été jugé. Comment concilier ça, c'est le n½ud du problème. Cela ne veut pas dire que le jugement est correct mais cela reste un jugement» a fait remarquer Marius Fransman.
A son retour de Pretoria où il s'est également rendu pour cette réunion, le Premier ministre de consensus du gouvernement d’union nationale, Omer Briziky, a expliqué que la tolérance et le pardon doivent être les maîtres-mots pour les parties prenantes si le pays veut effectivement sortir de la crise.
D'autre part, à Madagascar, des voix, comme celle de Gabriel Rabearimanana, expert en géopolitique, s'élèvent contre le jugement qui a condamné l'ancien président aux travaux forcés à perpétuité pour la fusillade de février 2009 qui avait fait plus de 30 morts. Pour eux, Marc Ravalomanana était président au moment des faits, ce n'est donc pas la Cour Correctionnelle Ordinaire qui avait compétence pour le juger, mais la Haute Cour de Justice. « C’est justement l’une des mauvaises pratiques au sommet de l’Etat, que le mouvement populaire de 2009 voulait changer » assène Gabriel Rabearimanana dans Midi Madagascar tout en rappelant « le précédent inique que constituent les condamnations de l’autre ancien chef d’état, Didier Ratsiraka et de ses collaborateurs. Et ce, par des tribunaux instrumentalisés par le pouvoir Ravalomanana et qui n’avaient pas cette compétence ».
Manassé Esoavelomandroso, président national du Leader Fanilo pointe particulièrement la présidence de la Transition comme étant la source principale du problème. Il remarque qu'elle empêche le retour de Marc Ravalomanana au pays alors qu'elle a laissé des personnalités condamnées et poursuivies par la justice occuper des postes importantes dans les institutions de la Transition.
La SADC, a également rapporté Omer Beriziky, a réitéré son appel à l’endroit des membres de la mouvance Zafy Albert et de la mouvance Ravalomanana pour qu’ils adhèrent pleinement au processus de sortie de crise malgache.
Enfin, plusieurs titres de la presse malgache évoquaient cette semaine la farouche opposition de l'armée au retour de Marc Ravalomanana. Ce seraient les pontes de l'armée qui feraient pression sur Andry Rajoelina pour qu'il empêche ce retour, inévitable malgré tout, si l'on s'en tient à la feuille de route.
Le dossier Madagascar sera en outre présenté devant le prochain Comité de Paix et de sécurité de l’Union africaine par le vice-ministre sud africain des Affaires étrangères.
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